Carte blanche du 10 septembre 2009
Comme on pouvait s’y attendre, la question du port du voile islamique revient sur le devant de la scène en cette période de rentrée. Comme le dit Mme Heremans, directrice de l’Athénée d’Anvers dans les colonnes du Soir d’hier, on ne peut plus se contenter à présent de considérer cette question sous l’angle de la liberté religieuse. Plus qu’une affaire de religion, il s’agit à présent d’une affaire politique. Mme Heremans avait clairement mis en oeuvre dans son Athénée un projet d’ouverture et de cohabitation interculturelle. Mais c’est ce projet-même qui est devenu la cible de certains groupes extrémistes. Elle dit en effet avoir constaté « une réelle radicalisation, avec des pressions de plus en plus fortes sur les élèves qui n’étaient pas voilées ». Elle doit faire face également à des exigences de plus en plus nombreuses de la part de groupes qui militent pour « la remise en cause de certains cours, des excursions (…) de réunions de parents mixtes ».
On est donc bien loin d’une simple question religieuse : c’est un projet de société basé sur la tolérance, l’interculturel, la mixité et la liberté religieuse qui est attaqué. Car, il est toujours utile de le rappeler, la liberté religieuse implique la liberté de ne pas avoir de religion, ou encore d’accommoder librement en fonction de ses choix personnels la religion de ses ancêtres.
En tant que mouvement féministe, progressiste et laïque, nous pensons qu’il est indispensable de lutter contre les dérives intolérantes dont le voile n’est bien souvent qu’un instrument. Il va de soi que les femmes tout autant que les hommes peuvent en arriver à défendre des opinions politiques intolérantes. Ils et elles constituent, heureusement, une minorité face à la multitude de nos concitoyens qui vivent paisiblement leurs religions, leur absence de religion ou leur indifférence, sans en faire un étendard politique.
L’islam n’est pas en soi plus antiféministe que la société occidentale, qui n’a pas beaucoup de leçons à donner. Comme toute pensée humaine, l’islam n’est que ce que ses ouailles et ses prêcheurs en font. Nous ne le combattons pas en tant que tel. Nous ne combattons que l’idée que les choix intolérants et ségrégationnistes de quelques uns pourraient s’imposer à tous dans la société civile, comme c’est déjà le cas quand des horaires « hommes interdits » sont instaurés dans les piscines.
Ce sont là des problèmes belgo-belges : il est de plus en plus clair que l’islam n’est plus un objet d’importation dans notre pays, mais qu’il en est bel et bien devenu une composante interne à part entière. La position qui consiste à opposer islam et occident ne dispose d’aucune base réelle et ne sert que les théories les plus guerrières. D’ailleurs, répétons-le, avec ses discriminations multiples, la Belgique, l’Europe, ne sont pas non plus des modèles d’égalité.
Mais revenons à l’école : pourquoi faut-il selon nous y interdire le port du voile, ou tout autre signe religieux ? C’est que l’école est – ou tend idéalement à être – un lieu d’émancipation par le savoir, par la réflexion et par le questionnement, de façon à la fois individuelle et collective. S’y présenter en affirmant par un signe ostensible que l’on possède déjà toutes les réponses est donc contraire à la mission de base de l’enseignement. Si on l’a, cette croyance doit être gardée dans l’intimité de son coeur le temps de la classe. C’est aussi que l’école est – ou tend idéalement à être – un lieu d’égalité. Or au contraire le voile islamique affirme une inégalité fondamentale entre les sexes, puisque l’un a à se cacher et l’autre non.
Ces questions essentielles relèvent du pouvoir démocratiquement élu. Il est temps de mettre fin aux doutes et aux hésitations dans lesquelles le politique a jusqu’à présent laissé les directions d’école. Un décret interdisant le port tout signe religieux dans l’enseignement obligatoire doit intervenir au plus vite. Seul un geste politique fort peut répondre aux attaques, politiques elles aussi, qui sont menées contre la laïcité et le vivre ensemble auxquels nous sommes attachées.