Le voile rend-il visible ou invisible ? 

Le 6 juillet 2009

 

Une élue du Parlement bruxellois siège désormais la tête couverte du voile islamique, expression de pudeur et d’effacement de soi dans l’espace public, symbole réservé aux femmes. Étrange paradoxe : l’acte politique ainsi posé lui apporte une visibilité que beaucoup de ses collègues, hommes et femmes, pourraient lui envier !

 

Pourquoi les nombreuses parlementaires issues de l’immigration musulmane qui ne
proclament pas en permanence leurs (éventuelles) affiliations religieuses, ne sont-elles pas l’objet d’autant de soutien médiatique ? Sans compter les innombrables élues communales… toutes ces femmes qui s’impliquent dans la politique belge depuis de nombreuses années parfois, auraient-elles moins de choses à dire, ou des choses moins intéressantes, que Mahinur Özdemir, la nouvelle coqueluche des médias ? Le travail quotidien des associations de femmes et des mouvements d’Éducation permanente, qui pratiquent au jour le jour le débat, la participation et la formation des femmes, ne mériterait-il pas lui aussi un peu d’écho et de
visibilité ? Car c’est grâce à toutes ces femmes, politiques, travailleuses et participantes des associations, que s’implante et croît l’idéal démocratique et égalitaire. La laïcité implique la liberté religieuse ; et donc la liberté d’instaurer avec la (les) divinité(s) le type de rapports prêchés par les autorités religieuses traditionnelles ; ou au contraire des rapports différents ; ou encore la liberté de ne pas avoir de religion. Si nous voulons réellement promouvoir une société de tolérance et de liberté religieuse, nous devrions soutenir ces trois types de position avec la même vigueur, et pas seulement la première. Certains, et surtout certaines, en ont bien besoin.

 

Or, c’est tout le contraire qui se passe. Au risque de donner au port du voile islamique une tribune inespérée, de faire de Madame Özdemir un modèle et ainsi de créer un effet d’entraînement tout à fait regrettable pour l’égale dignité et l’égale liberté des femmes et des hommes. Mahinur Özdemir, contrairement à ce qu’elle a déclaré, en tant que députée nereprésente pas l’ensemble des bruxellois, mais seulement les électeurs de son parti. À l’inverse des services publics et des gouvernements qui, en démocratie, ne peuvent tolérer autre chose que la neutralité, les Parlements quant à eux sont le lieu même de la diversité politique. C’est le paradoxe et la gloire de la démocratie que de donner à leurs membres la liberté d’exprimer leur idéologie, y compris si elle s’éloigne de ses principes fondamentaux, ici l’égalité des sexes.